Comment guérir de l’offense?

Comment guérir de l’offense?

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est un dicton de Jésus que même quelqu’un qui n’a aucune culture biblique peut citer, tellement il est bien connu. Mais Jésus n’est pas à l’origine de cette phrase, qui se trouve dans la Torah, en Lévitique :

Tu ne répandras point de calomnie parmi ton peuple. Tu ne t’élèveras point contre le sang de ton prochain. Je suis l’Éternel. Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur; tu auras soin de reprendre ton prochain, mais tu ne te chargeras point d’un péché à cause de lui. Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Lévitique 19:16-17

On peut avoir du mal à se retrouver dans Lévitique, mais si Jésus base son enseignement concernant l’amour pour son prochain sur un texte de Lévitique, cela veut dire qu’il y a des trésors à découvrir dans ce livre remarquable.

Lévitique 19 suit plusieurs chapitres qui traitent du sujet de la pureté et la purification, notamment en ce qui concerne la lèpre. Le mot « lèpre » n’indique pas forcément la maladie qui porte ce nom, mais n’importe quelle affliction de la peau. 116 versets sont consacrés à ce seul sujet, mais quel est l’intérêt pour nous aujourd’hui de toutes ces règles concernant la lèpre? Dans la tradition rabbinique, qui a informé l’enseignement de Jésus et des apôtres, la lèpre est considérée comme une maladie spirituelle qu’il faut guérir afin que la personne atteinte puisse être restaurée dans la communauté. Quelle est l’origine de cette maladie?

  1. La calomnie

Derrière le mot calomnie nous voyons le concept hébreu de « laschon hara » (littéralement « la mauvaise langue ») Laschon hara indique non seulement les commérages, mais aussi le fait de faire un rapport négatif sur quelqu’un, même quand on dit la vérité.

Selon la tradition rabbinique la mauvaise langue peut être à l’origine de la lèpre. Une personne affligée de la lèpre est metsora, alors qu’une personne qui dit du mal d’un autre est motsi ra. Le lien entre les deux mots est évident.  La Bible ne spécifie pas directement ce rapport de cause à effet, mais on verra plus loin que la calomnie (la mauvaise langue, les commérages etc.) nuit à notre santé spirituelle.

Notez bien la juxtaposition de la calomnie, la haine, la vengeance et la rancune en Lévitique 19.

  1. La haine

En tant que bon chrétien, on ne hait personne, n’est-ce pas? Mais nous avons dilué le sens de la haine, alors que Jésus est absolument intransigeant là-dessus. La Bible ne semble pas définir la haine directement, mais puisque l’amour est défini et illustré partout dans la Bible, la meilleure façon d’identifier la haine  est de fixer son regard sur l’amour. En gros, la haine est l’absence d’amour. L’apôtre Jean développe l’enseignement de Jésus sur la gravité de la haine:

Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui. I Jean 3:15

En quoi est-ce que la « calomnie » constitue la haine?

Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes. Matthieu 5: 12

Si je n’apprécie pas quand quelqu’un dit du mal aux autres à mon sujet, il est évident que si je fais pareil, je n’agis pas avec amour envers mon prochain.

  1. La rancune

Dans la Bible, « rancune », « offense » et « amertume » sont différentes façons de parler de la même chose.

14 Recherchez la paix avec tous, et la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur. 15 Veillez à ce que personne ne se prive de la grâce de Dieu; à ce qu’aucune racine d’amertume, poussant des rejetons, ne produise du trouble, et que plusieurs n’en soient infectés. (Hébreux 12:14-15)

A l’image d’un cancer métastatique, on ne peut pas se permettre la moindre pensée de rancune ou d’amertume. Une seule cellule cancéreuse peut produire une tumeur qui s’infiltre dans le tissu autour, et risque de métastaser – envoyant des « rejetons » ailleurs dans le corps, et par la suite il est difficile de s’en débarrasser.

Nous sommes le corps de Christ. Ce n’est pas uniquement notre propre vie qui souffre de la maladie de l’offense. La rancune est contagieuse, et nos frères et sœurs risquent d’être infectés:

Celui qui couvre une faute cherche l’amour, et celui qui la rappelle dans ses discours divise les amis. (Proverbes 17:9)

La haine excite des querelles, mais l’amour couvre toutes les fautes. (Proverbes 10:12)

Comment guérir?

Qui n’a pas été blessé par les paroles ou les gestes d’un frère, d’une sœur, d’un parent, d’un collègue, d’un ami? La blessure est réelle. Une blessure qui n’est pas soignée immédiatement risque l’infection, où on peut se retrouver avec un problème bien plus grave que la blessure d’origine.

26 Si vous vous mettez en colère, ne péchez point; que le soleil ne se couche pas sur votre colère, 27 et ne donnez pas accès au diable 29 Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise (laschon hara), mais, s’il y a lieu, quelque bonne parole, qui serve à l’édification et communique une grâce à ceux qui l’entendent. 30 N’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, par lequel vous avez été scellés pour le jour de la rédemption. 31 Que toute amertume, toute animosité, toute colère, toute clameur, toute calomnie, et toute espèce de méchanceté, disparaissent du milieu de vous32 Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. (Éphésiens 4:26-32)

La colère en soi n’est pas un péché. Jésus a connu la colère, la déception, la blessure, la trahison, la tristesse. Cela ne sert à rien de faire semblant que ces choses n’existent pas. Ce qui importe est ce qu’on en fait.

« Que le soleil ne se couche pas … » La blessure doit être soignée tout de suite. Sinon on donne accès au diable, qui profite de la moindre porte ouverte par un traumatisme ou une blessure, comme une bactérie profite d’une plaie ouverte pour provoquer une infection (d’où les précisions concernant les plaies ouvertes en Lévitique). Le processus de purification de la lèpre en Lévitique est instructif en ce qu’il nécessitait un acte d’humilité ou d’humiliation : il fallait s’identifier comme lépreux, et s’isoler de la communauté. Ces règles nous semblent bien compliqués aujourd’hui, mais ce qu’il faut retenir est que l’acte qu’on doit accomplir pour être purifié dépasse la compréhension. Ca fait penser à la guérison de Naaman le Syrien, atteint de la lèpre (II Rois 5). Naaman était orgueilleux : il attendait une guérison spectaculaire de la main d’Élisée, mais Elisée n’est pas venu. Il a envoyé son serviteur pour donner à Naaman l’instruction de se laver sept fois dans le Jourdain. Tant que Naaman restait dans son orgueil et refusait d’obéir à cette instruction incompréhensible, la lèpre perdurait. Finalement il a la guérison au moment où il s’est humilié.

Les étapes de la guérison

 

  1. Reconnaître le mal. La douleur a un but : indiquer qu’on a besoin de soins et de guérison.
  2. S’humilier. On se repent de l’offense et l’amertume. Cette étape dépasse la compréhension. Pourquoi serait-ce à moi de me repentir, alors que c’est l’autre qui m’a fait du mal ? Si j’entretiens de l’offense ou de l’amertume, voire de la colère, à cause de cette blessure, la guérison ne peut pas commencer.
  3. Pardonner à la personne. Ce n’est pas réaliste d’attendre des sentiments d’affection envers la personne, ou l’envie de pardonner. Ce n’est pas une question de sentiments, mais un acte de la volonté qui se réalise au moyen d’un geste très simple, qu’on fait seul avec le Seigneur. On peut faire une petite déclaration de ce type :

Seigneur, je reconnaît qu’un tel m’a blessé, et que ça fait mal. Devant toi je le pardonne maintenant, comme tu m’as pardonné de tous mes péchés. Je déclare que je ne cherche à obtenir quoi que ce soit de cette personne, et j’annule toute dette envers moi, déclarant qu’elle ne me doit rien.

Il ne faut pas être surpris si on n’est pas inondé immédiatement d’un sentiment d’amour pour la personne. Peu importe si on ne le sent pas. Une telle déclaration de pardon est puissante. Elle me libère, et libère l’autre personne.

4. Si besoin est, « ait soin de reprendre ton prochain » (Lévitique 19 :17). On demande au Seigneur la sagesse de savoir si un reproche serait utile. Dans le cas d’un péché ou d’une réelle injustice qui est facile à identifier, nous avons une responsabilité vis-à-vis de la personne, de lui en parler (après lui avoir pardonné, et pas avant). Mais attention: tout ce qui me blesse n’est pas forcément un péché. Si j’entretiens l’offense, je peux me faire tout un cinéma, qui m’amène à exagérer la faute de la personne. Dans ce cas-là, si j’essaie de reprendre la personne je risque de lui accuser d’un péché qui n’est autre que le fruit de mon imagination, et ça risque de faire des dégâts.

Dans le cas d’un péché ou d’une injustice avérée commis par un frère ou une soeur, on suit les étapes données en Matthieu 18:15:

Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S’il t’ écoute tu as gagné ton frère. Mais s’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes, afin que toute l’affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins… Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.

Le but des règles concernant la lèpre en Lévitique 19 est d’isoler la maladie, d’arrêter la contagion et de purifier la personne pour qu’elle puisse être restaurée à la communauté. De la même façon nous avons le pouvoir de lier ou de délier la calomnie, la rancune et la haine dans notre propre vie, et dans l’assemblée.

Qu’un reproche ait lieu ou pas, dans tous les cas, ce qu’il faut retenir est que si je parle à quelqu’un de cette blessure qui m’a été faite, la première personne avec qui j’en parle, est la personne qui m’a fait mal, et elle seule! Quand on a mal, la tendance est de chercher le réconfort en parlant autour de soi. Les sages disaient par rapport au laschon hara (la mauvaise langue) que quand on le commet, on tue trois personnes : je « tue » la personne qui a commis le mal, en portant atteinte à sa réputation ; je tue la personne qui entend ma plainte (qui est maintenant en danger de croire du mal de l’autre et entretenir la haine envers lui) ; et je me tue moi-même, en laissant métastaser le « cancer » de l’amertume. En plus, je laisse la porte ouverte à l’orgueil, car souvent quand je fais un mauvais rapport sur quelqu’un d’autre, c’est une façon de me justifier moi-même.

  1. Soyez guéri ! Il peut arriver que la blessure soit profonde, et que la douleur associée persiste après avoir accompli ces quatre étapes. Dans ce cas-là, on aura besoin de guérison, et on peut avoir besoin qu’un frère ou une sœur de confiance prie avec moi. D’abord je m’assure d’avoir bien accompli les étapes (reconnaître le mal, m’humilier dans la repentance par rapport à l’offense ou la rancune, pardonner à la personne devant le Seigneur, reprendre la personne si besoin est. Et puis je demande de l’aide (un autre signe d’humilité).

Si je demande la prière, comment en parler à quelqu’un sans ressasser le mal et risquer “d’infecter” la personne qui m’écoute ? On donne uniquement les grandes lignes sans entrer dans les détails ; on est prudent dans ce qu’on raconte. Une technique qui peut être  intéressant est d’écrire sur papier libre les blessures et le mal qui a été fait. On ne le montre pas à la personne, mais après la prière, on détruit le papier ensemble (pourquoi pas le brûler?) comme un symbole fort. La personne qui m’aide n’a pas besoin de tout savoir, mais j’ai besoin de m’exprimer. De toute façon, notre Père céleste sait tout, et il n’est jamais offensé quand je lui dis ce que j’ai sur le cœur (voir les Psaumes !).

Simon

(message lors du culte, 5 mai 2018)

Ce message comprend trois parties. Voir ici pour la deuxième partie (message de Didier)

 

 

 

 

 

No Comments

Sorry, the comment form is closed at this time.